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Le laboratoire de réadaptation en réalité virtuelle a aidé une diplomate canadienne à reprendre une vie normale. Voici son histoire.

Bushra Saeed, diplomate canadienne, avait 25 ans lorsqu’une bombe artisanale a fait exploser le véhicule blindé léger à bord duquel elle se déplaçait à Kandahar, en Afghanistan.

« Quand je me suis réveillée, j’ai su immédiatement que mes jambes ne fonctionnaient plus », se rappelle-t-elle, ajoutant qu’après l’explosion, des soldats l’avaient portée en lieu sûr, avaient garroté ses jambes et étaient restés avec elle pour la réconforter, ce dont elle avait grand besoin.

« Je me souviens que je regardais le ciel et j’évitais de regarder vers le bas, parce que je savais que c’était grave », déclare-t-elle.

« Pendant deux ans, j’ai subi toute une série de chirurgies », affirme Mme Saeed en parlant des blessures qu’elle a subies sur tout son corps. « C’était très dur pour le moral. »

La jambe droite de Mme Saeed a été amputée jusqu’au genou tandis que le bas de sa jambe gauche, fracturée à deux endroits, était à peu près décharné. Elle a ainsi perdu la moitié de sa mobilité.

« Ma plus grande crainte était d’ignorer où je serais dans un an, et même dans deux, cinq ou dix ans, confie-t-elle. J’avais peur de ne pas pouvoir avoir d’enfants ou d’être obligée d’utiliser une marchette, une canne ou un fauteuil roulant. »

Avec l’aide d’une équipe de réadaptation dévouée, c’est la technologie de la réalité virtuelle du Centre de réadaptation de L’Hôpital d’Ottawa qui a fait toute la différence dans la réadaptation de Mme Saeed.

Aujourd’hui, elle se dit étonnée de pouvoir faire tout ce qu’elle fait.

De précieux outils de réadaptation

En juin 2011, le Centre de réadaptation de L’Hôpital d’Ottawa traitait son premier patient dans le laboratoire de réadaptation en réalité virtuelle. C’est le premier laboratoire du genre au Canada. Il est arrivé au Centre de réadaptation grâce à un partenariat entre L’Hôpital d’Ottawa et le Groupe des Services de santé des Forces canadiennes.

Au cœur du laboratoire se trouve un système de réadaptation assisté par ordinateur : le système CAREN. Ce système permet aux patients, comme ceux qui apprennent à marcher avec une prothèse, d’améliorer leur mobilité, leur équilibre et leur capacité à se déplacer dans des milieux complexes. On s’en sert également pour la réadaptation cognitive des personnes qui ont subi une lésion cérébrale ou qui souffrent d’un syndrome de stress post-traumatique.

Au moyen d’images tridimensionnelles grandeur nature et d’une plateforme mobile dotée d’un tapis roulant double, le système CAREN stimule la marche dans toute une gamme de milieux différents, du trottoir aux sentiers inégaux d’un parc en passant par un pont suspendu qui se balance au vent. « Les patients se sentent en sécurité ici, affirme la Dre Nancy Dudek, physiatre spécialisée dans le traitement des amputés. Ils prennent donc plus de risques qu’ils ne le feraient dans le contexte habituel, lorsqu’on les amenait dehors sur les collines derrière le Campus Général pour les faire marcher dans l’herbe et leur faire descendre les pentes inégales. C’est moins effrayant dans le laboratoire. »

En plus d’analyser les mouvements, le système CAREN est muni d’un système de sécurité rigoureux.

« Les patients sont attachés à un harnais lorsqu’ils travaillent, qu’ils testent leur équilibre et qu’ils poussent leurs limites, soutient Marie-Andrée Paquin, physiothérapeute. Comme les conditions sont très sécuritaires, nous pouvons prendre des risques plus facilement et faire des choses qu’on n’avait jamais osé essayer. »

Pour que le système CAREN profite aux patients, il faut une solide équipe multidisciplinaire comprenant un opérateur de système, du personnel médical, des physiothérapeutes, des psychologues, des ergothérapeutes, des chercheurs et des ingénieurs techniques.

Au Centre de réadaptation de L’Hôpital d’Ottawa, les chercheurs utilisent les données provenant du système CAREN et de leur laboratoire pour créer des environnements virtuels sur mesure. Par exemple, en collaboration avec la Ville d’Ottawa, ils ont conçu une maquette complète de la ville en trois dimensions.

« Nous sommes à l’avant-garde et offrons les meilleurs soins, les meilleurs traitements et le meilleur accès aux gens de notre région », soutient Edward Lemaire, associé de recherche au Centre de réadaptation de L’Hôpital d’Ottawa et chercheur clinicien à l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa.

« Bien sûr, cela ne se fait pas en vase clos, ajoute-t-il. Les patients suivent un programme complet de réadaptation ici, et le système CAREN est un élément très important de l’ensemble des soins. »

Comment le système CAREN a aidé Mme Saeed à courir de nouveau

« Ce qu’il y a de bien avec le système CAREN, c’est que j’ai pu m’exercer et reprendre confiance tout en développant mes capacités, fait remarquer Mme Saeed. Ce fut tout un exploit lorsque j’ai pu courir sur le système la première fois! »

« Savoir que je pouvais courir rapidement au besoin a été tout un soulagement, avoue-t-elle. J’en ai eu les larmes aux yeux. »

Chaque jour, Mme Saeed constate les avantages de son programme de réadaptation en poursuivant son traitement avec son équipe dévouée du Centre de réadaptation.

« La fin de semaine dernière, j’étais au lac Dow, sur le quai. Il y a un an et demi, j’aurais marché à quatre pattes tellement j’aurais eu peur de tomber, mais j’ai réussi à améliorer mon équilibre, grâce à un programme du système CAREN. »

Toute son équipe est impressionnée par ses progrès, qui sont une réelle source d’inspiration.

« Je suis fière de faire partie de l’équipe qui l’a aidée à se rendre là où elle est rendue aujourd’hui et qui continue à l’encourager à aller plus loin, fait remarquer Mme Paquin. Aujourd’hui, à 28 ans, sa vie n’est pas finie. Elle est capable d’atteindre ses buts. »

Mme Saeed le croit aussi, tant pour elle-même que pour les autres.

« Ça fait maintenant plus de deux ans que je viens au Centre de réadaptation, et j’ai vu des personnes y arriver en fauteuil roulant et en ressortir en marchant sans canne, conclut-elle. C’est bon de voir l’impact positif du Centre sur les gens. »